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Article préparé pour le Numéro 098 écrit par Knepper

L’évangile selon Greenbelt

Le gouvernement fédéral des Etats-Unis a créé Greenbelt (Etat du Maryland) dans le cadre de la politique du New Deal. Greenbelt est une communauté planifiée et gérée sur un mode coopératif, achevée et habitée à l’automne 1937. La planification de la ville repose sur plusieurs éléments : une conception basée sur celle de la ville de Radburn (Etat du New Jersey) par Clarence Stein et sur la Neighborhood Unit (unité de voisinage) du sociologue Clarence Perry, ainsi qu’un programme de « coopération » économique et sociale. Clarence Stein, dans Toward New Towns for America, analyse de manière succincte les principaux éléments conceptuels de la ville et étudie comment ses propres plans de Radburn et ceux de la Neighborhood Unit furent utilisés dans le projet Greenbelt. Selon lui, le concept de Radburn fut exploité au maximum de son potentiel à Greenbelt, à travers les gigantesques ensembles résidentiels construits autour d’espaces verts, la séparation de la circulation automobile et du trafic piétonnier, les culs﷓de﷓sac, les passages piétonniers souterrains et les maisons dont la façade avant est orientée vers le jardin et la façade arrière vers la rue .

Le concept d’unité de voisinage est prédominant dans la structure de Greenbelt. Le sociologue Clarence Perry, qui a travaillé entre autres avec Clarence Stein pendant les années 1920 au sein de la Regional Planning Association of America - un groupe sans grande cohésion - est d’avis que ses idées ont contribué à développer un sentiment de communauté. Selon lui, l’unité de voisinage comporte en son centre une école élémentaire et un centre communautaire, situés à quelques minutes de marche d’un ensemble résidentiel. On peut également trouver dans le centre des bâtiments comme des églises, des magasins ou une bibliothèque. Les unités de voisinage sont délimitées par de grands axes lourds ; en revanche, dans ces limites, les routes ne sont utilisées que pour le trafic local. Les plans de Greenbelt respectent sans conteste les idées de Clarence Perry, comme le note Clarence Stein : « les trois villes [de Greenbelt] figurent parmi les meilleures mises en pratique des principes énoncés par Clarence Perry, que nous aurions appliqués à Radburn si sa croissance n’avait pas été stoppée. En effet, chaque ville était au départ un quartier unique qui s’articule autour d’un centre planifié avec une école, des bâtiments communautaires, un centre commercial, des bureaux, des administrations et des activités récréatives principales. Chaque ville est construite autour d’un tel centre ». Les ensembles résidentiels, de 58 à 75 hectares chacun, s’organisent autour de cours individuelles en U. Chacun de ces super-ensembles contient environ 120 domiciles faisant face à une zone boisée. La ville est composée de 5 ensembles, A, B, C, D, et E, bâtis autour de cours reliées entre elles par des chemins piétonniers et délimités par les rues.

Les bâtiments « modernes » de Greenbelt sont simples et fonctionnels, selon l’appréciation des historiens comme des observateurs contemporains. La capacité totale de logement de Greenbelt est de 885 unités d’habitation, 574 maisons en rangées principalement à deux étages, 306 logements dans des immeubles d’appartements de quatre étages et 5 pavillons en préfabriqué. Hale Walker, aménageur d’Etat, a situé les logements de Greenbelt dans un croissant le long d’une crête boisée, alignés de telle sorte que la partie extérieure du croissant soit exposée aux brises d’été. Les urbanistes ont créé pour les résidents un petit centre commercial doté en son centre d’un espace ouvert réservé aux rassemblements informels, ainsi que d’un cinéma. A l’arrière, on trouve la piscine et les terrains de jeux, à proximité de l’école, qui sert également de centre communautaire et abrite une bibliothèque. Le lac peut également constituer un lieu de divertissement. L’unité de voisinage, avec ses aménagements communautaires concentrés au cœur de la ville, constitue un « Centre », qui est devenu un aspect important de la vie des habitants de Greenbelt.

En novembre 1937, la ville comptant suffisamment de maisons et de familles, Roy Braden, Directeur Général des affaires municipales, lance la coopération économique et sociale de Greenbelt. Dans un article daté du 6 novembre 1937, publié dans le Literary Digest, Braden explique l’approche adoptée par son équipe : « Nous avons réalisé que nous avions un devoir éducatif. Nous ne forcerons en aucun cas les familles. Nous contribuerons à développer et faire avancer la vie de groupe par opposition à la philosophie individuelle ». Une partie des résidents de la première heure s’est sentie personnellement responsable du succès de l’expérience coopérative de Greenbelt. Ce qui est incontestable, c’est que les habitants manifestèrent une réelle volonté d’organisation, puisqu’ils formèrent 35 associations la première année. Ces dernières étaient de tous types, avec des activités destinées à toutes les tranches d’âge, aux femmes comme aux hommes, couvrant une grande variété de centres d’intérêts et de sensibilités politiques, ainsi que des groupements destinés à réunir des personnes très différentes, comme l’Association des citoyens, l’Association des jeunes citoyens, et le Forum civique. Parmi les associations s’adressant à des centres d’intérêts spécifiques, on trouve le Club de journalisme, l’American Legion Post #136, le Club des mères, les Scouts, la PTA, le Club de bridge, les Greenbelt Players, le Club cinématographique, les Jeannettes, l’Association sportive masculine, les Brownies, le Club de jardinage, le Club des célibataires et l’orchestre de la communauté. Les résidents étaient particulièrement occupés, comme en témoigne le « Calendrier des événements » publié chaque semaine dans le Cooperator, lancé en novembre 1937 pour tenir les citoyens informés des activités locales. En règle générale, ce calendrier ne recensait pas moins de 40 réunions ou événements par semaine.

L’objectif de coopération ne fut que partiellement rempli à travers la création d’organisations sociales, car la coopération économique restait une partie intégrante du plan de Greenbelt. La mise en place de coopératives économiques commença très tôt lorsqu’Edward Filene, propriétaire d’un grand magasin à Boston, loua le centre d’affaires de Greenbelt en août 1937 pour y établir la Consumer Distribution Corporation. La CDC, grâce à l’argent apporté par son fondateur, fournissait à la fois des fonds et des conseils sur la formation des coopératives économiques. Les habitants intéressés se réunirent dans le Comité d’Organisation des Coopératives pour décider de quelles coopératives créer. En fonction de leurs besoins, ils lancèrent en premier lieu une coopérative d’épargne et de crédit, une station service, un supermarché, un drugstore, un coiffeur et une salle de spectacle, le tout en une seule année. En novembre 1938, le Comité commença à vendre les parts des coopératives aux résidents en faisant du porte à porte dans la communauté. La Greenbelt Consumer Services, Inc. (GHI) adopta un statut légal et commença son activité vers janvier 1940 avec l’élection du premier conseil d’administration par les actionnaires. Les tout premiers résidents conviennent que les personnes les plus activement impliquées dans la formation des coopératives sont les rares qui ont emménagé à Greenbelt spécifiquement pour elles, ainsi que les libéraux proches de la philosophie de non profit de la communauté. En réponse à l’urgent besoin en communication de la communauté, l’hebdomadaire Greenbelt Cooperator fut lancé le 24 novembre 1937. Comme le succès de la « philosophie de la vie de Greenbelt » dépendait de l’implication de ses citoyens, le journal consacrait beaucoup d’espace à encourager l’activisme des résidents. Les traditions de la ville constituaient le ciment qui assurait la cohésion de Greenbelt. Ces traditions, lancées par les autorités municipales sous la pression de la Farm Security Administration, unifiaient la ville en rappelant à tous qu’ils étaient les « citoyens de Greenbelt ». Au cours des années 1970, les lecteurs de la News Review prirent en charge l’une des anciennes responsabilités du journal, à savoir l’entretien et la promotion des traditions de la ville. Dans les faits, les résidents ne se contentaient pas de perpétuer toutes les fêtes et événements de la ville, ils en créaient également de nouveaux. La création spontanée de nouvelles activités communales à cette époque pourrait avoir résulté du sentiment que l’identité si unique de Greenbelt était en train de s’effriter. Sans causes pour lesquelles s’engager, comme cela fut le cas dans les années 1950 et 1960 avec le combat contre le McCarthysme et les promoteurs immobiliers, et avec la progression permanente des banlieues modernes, les us et coutumes de la ville avaient pour effet d’en faire un lieu à part. Le Festival des Lumières commença en décembre 1972 comme simple présentation et vente d’artisanat, avec chants et sapins de Noël. Puis il intégra des concerts, des concours de décoration, des chants de Noël et la visite du Père Noël, le tout s’étalant sur le mois de décembre. En 1973, les résidents commencèrent à rendre hommage au « Meilleur citoyen de Greenbelt », sélectionné chaque année au cours du Festival de la Fête du Travail. La célébration du premier « Greenbelt Day » en 1975 est un autre exemple de nouvelle tradition, mise en place pour honorer la publication de la charte de la ville le 1er juin 1937 et donnant lieu à une fête annuelle le premier dimanche de juin. Les nouvelles traditions de Greenbelt s’installèrent à des dates qui n’avaient jusqu’alors aucun rapport avec l’histoire de la ville. Les animations de juin et de décembre, ajoutées au grand festival du week-end de la fête du travail, permirent de raviver « l’esprit » de Greenbelt tout au long de l’année. Les idéaux d’origine de Greenbelt se manifestent également par d’autres voies que la création et l’entretien des traditions de la ville. Les coopératives sont certes très présentes dans les activités commerciales telles que l’épicerie, et dans le logement avec Greenbelt Homes Incorporated, mais également en satisfaisant d’autres besoins de la ville. Ainsi, une nouvelle coopérative est créée chaque fois que les habitants en préssentent l’intérêt. Les résidents détiennent plus que les seules traditions de la ville : ils savent comment lancer une coopérative, comment rapidement mobiliser de nombreuses personnes si nécessaire et quels sont les moyens les plus efficaces pour faire pression sur les hommes politiques à tous niveaux, et ils ont transmis ce savoir de génération en génération jusqu’au XXIè siècle Le News Review, anciennement connu sous le nom de Cooperator, doit être tout particulièrement félicité pour le maintien des objectifs et des idéaux d’origine de Greenbelt. Ce journal assurait et continue d’assurer plusieurs fonctions essentielles : garantir la communication entre les habitants de la ville, constituer le principal moyen de création et de maintien des organisations et perpétuer l’histoire de la ville pour le flot continu de nouveaux arrivants en provenance des zones périphériques. Les habitants de Greenbelt ont conservé leur identité de communauté coopérative et planifiée en maintenant et en adaptant leur passé dans leur présent. Les citoyens de Greenbelt tentent à présent de préserver non seulement ce qui reste de leur ceinture verte mais également tous les bâtiments d’origine, ceux construits en 1937 ainsi que les unités de voisinage supplémentaires ajoutées comme « logements de guerre ». Ces zones résidentielles forment un ensemble limité par les autoroutes et incluent le centre de la ville. A Greenbelt, on convient volontiers que les habitants de cette zone s’identifient bien plus fortement à la ville et à ses principes de vie planifiée et coopérative que les habitants à l’est de l’autoroute Baltimore - Washington ou à l’ouest de la rocade. Des années 1960 aux années 1980, des constructions immobilières de grande envergure occupèrent tous les terrains disponibles. La zone toute entière, qui comprend un certain nombre de lotissements et de centres commerciaux, de parcs de bureaux, d’appartements en copropriété, d’hôtels particuliers et de vastes maisons individuelles constitue le Greenbelt d’aujourd’hui, qui compte 21 000 habitants. La multiplication des constructions autour des bâtiments d’origine au cours des trente dernières années a grandement modifié l’apparence de Greenbelt, et elle s’est accompagnée au même moment d’un changement d’image de la ville. En 1937, le niveau de vie de tous les résidents était très bas, condition pré-requise pour habiter dans ces logements sociaux. Cependant, pendant la guerre, le gouvernement augmenta la limite de ressources, et la vente de la ville à la coopérative de logement en 1953 eut pour conséquence d’accroître le revenu moyen et de faire de Greenbelt une communauté de classe moyenne, bien qu’atypique. Pendant des années 1960, lors de leur combat contre les promoteurs immobiliers, les habitants de Greenbelt étaient encore considérés à l’extérieur comme « des fous et des communistes » parce qu’ils n’agissaient pas « à l’américaine » et persistaient dans leur différence. Cependant, dans les années 1980, les jeunes actifs urbains découvrirent la ville. Le corps professoral et le personnel de l’Université du Maryland découvrirent les logements proposés par Greenbelt Homes Inc., proches et abordables. La ville offrait de nombreux aménagements alors introuvables dans le reste du conté, comme les espaces verts et les équipements de loisir. L’implantation d’un hôtel Hilton et d’un concessionnaire Capitol Cadillac contribua également à faire de Greenbelt un endroit particulièrement recherché. - La construction du lycée Eleanor Roosevelt puis du pont sur l’autoroute Baltimore -Washington créa un lien essentiel. Les habitants à l’est de l’autoroute pouvaient à présent atteindre le centre-ville à pied en quelques minutes. Partant de l’idée déjà formulée d’intégration de la partie est de Greenbelt via des passages piétons, les urbanistes étendirent ce concept à un système de voies piétonnes et de pistes cyclables sur toute la zone, suivant le pont autoroutier. - Ces tentatives pour unifier physiquement la ville, la détermination des résidents à en préserver les limites, les efforts permanents pour que la politique locale s’implique dans tous les domaines et l’accès au journal pour chaque habitant, afin qu’ils s’imprègnent tous chaque semaine d’une dose d’idéologie, ont tous contribué à créer et maintenir l’identité communautaire. Les activistes de la ville s’engagent encore à la préserver et à la mettre en valeur, afin que les idéaux coopératifs continuent d’exister. - Les résidents de Greenbelt, qu’ils soient anciens ou nouveaux, expliquent volontiers leur sentiment pour leur communauté. Leur façon d’en parler n’a pas changé au fil des ans. Anciens et nouveaux soulignent la participation à la « vie de quartier » d’une petite ville et les relations humaines qui existent. Les habitants de Greenbelt ont assimilé la philosophie de coopération et acceptent la nécessité de leurs activités au sein de la ville. Tout comme les habitants d’origine, les nouveaux résidents apprécient la disposition de la ville qui encourage la communauté de voisinage. Mises à part les constructions sur les terrains périphériques, Greenbelt a très peu changé. Le cœur a été pratiquement épargné par la course du temps, ce qui fait dire à tous que la ville a « un petit air des années 1950 ». Pourtant, la partie de la ville qui entoure le cœur, composée aujourd’hui de parcs de bureaux, d’appartements en copropriété, de maisons individuelles, de centres commerciaux et d’autoroutes est complètement différente des champs de tabac épuisés qui les avaient précédés dans les années 1930. La ville a récemment acquis les terrains encore non construits en vue de restaurer le plus possible la ceinture verte. Pour certaines de ces zones, ce fut une initiative trop mince et trop tardive. Ainsi, l’entretien physique de la communauté planifiée ne rencontre pas le succès escompté : si les bâtiments d’origine ont bien été conservés, ce n’est pas le cas de la ceinture verte. L’idéologie de communauté planifiée persiste comme principe directeur.

Aux alentours de la vieille ville de Greenbelt, les résidents organisent souvent des activités semblables à celles de la ville d’origine. Ainsi, même après avoir perdu leur ceinture verte, les habitants sont parvenus à perpétuer leur idéologie et leurs principes dans les nouvelles zones. L’influence de la ville a même dépassé ses frontières, puisque l’administration du Comté de Prince Georges applique les principes de planification de Greenbelt. Au cours de son histoire, l’idéologie de Greenbelt s’est développée et répandue. Les habitants appliquèrent le concept coopératif à la GHI et aux autres organisations de logements, aux jardins d’enfants, aux garderies, aux soins de santé, aux maternelles, aux maisons de retraite et aux journaux. Ils l’intégrèrent également à la vie politique, réalisant rapidement qu’ils avaient plus de chances d’atteindre leurs objectifs en étant unis. Ils maintinrent avec succès l’idéal de « coopération », en dépit des changements physiques de leur environnement. Le journal local et l’administration municipale eurent chacun un rôle prépondérant dans la survie de Greenbelt et de ses « principes ». Dotés de leur propre administration, les habitants de Greenbelt avaient le contrôle de leur destinée dans leur juridiction, ce qui les confortait dans leur volonté s’autogérer. Le Cooperator puis le News Review relayaient les informations et constituaient un moyen de communication entre les habitants. Les citoyens les plus actifs pouvaient utiliser le journal pour impliquer un plus grand nombre de résidents si nécessaire, pour le bien de la communauté. Les frontières physiques sont importantes pour la délimitation d’une communauté, ce qui fut le cas à Greenbelt, où les barrières physiques ont joué pour et contre le maintien de l’identité communautaire. L’unité de voisinage de Clarence Perry, qui eut une grande influence sur la conception originelle de Greenbelt, fut effectivement un facteur de cohésion, rendant parfois difficile la greffe de nouvelles unités sur la communauté existante. Les grandes artères qui entourent la partie centrale de la ville forment une frontière distincte, évidente pour tous, ce qui contribua à maintenir l’identité du centre de Greenbelt, mais pesa sur l’intégration des autres zones à la ville. Les différentes parties de Greenbelt furent intégrées autant que possible grâce à la large diffusion du News Review, aux liens physiques tels que le réseau de bus ou de pistes cyclables et piétonnières et à l’existence d’une unique et très active administration municipale.

Pour comprendre comment les principes de vie de Greenbelt dans une communauté planifiée ont pu traverser les années, il faut commencer par étudier les caractéristiques des premiers colonisateurs. Ceux-ci recherchaient activement une vie meilleure, en mettant en place et en se soumettant aux procédures nécessaires pour devenir résidents d’un programme fédéral. Ils acceptaient de vivre et de faire partie d’une communauté planifiée et de travailler avec et pour un groupe. Comme Greenbelt était en ce temps considérée comme une expérience, les premiers habitants de la ville devaient être ouverts à de nouvelles idées. En outre, d’après les analyses de l’époque, ils étaient éduqués et à mobilité sociale ascendante. Ainsi, la ville naquit avec une plus grande proportion de personnes disposées et habilitées à être actives dans les affaires de la communauté que dans la plupart des autres villes. Les années passant, ces caractéristiques en entraînèrent d’autres. En travaillant ensemble, les résidents apprirent comment s’organiser efficacement pour atteindre les résultats escomptés. Lorsqu’ils réalisèrent qu’ils pouvaient s’organiser de manière efficace et qu’ils en constatèrent les bénéfices, ils eurent envie de gérer eux-mêmes les affaires de la communauté. Dans les toutes premières années, les représentants du gouvernement fédéral et l’équipe du Cooperator encouragèrent vivement ce processus.

La « philosophie de vie de Greenbelt » se développa dans les années formatrices précédant la deuxième Guerre Mondiale. C’était un but implicite des employés fédéraux et un but explicite du Cooperator. La « philosophie de vie de Greenbelt » dans une communauté coopérative planifiée accentuait la formation d’une identité communautaire, ce qui, à son tour, favorisait dans la ville le développement d’un sens des responsabilités vis-à-vis des autres. La création unique en son genre de Greenbelt était rappelée chaque fois que nécessaire pour réaffirmer l’identité communautaire, l’élément clé de ce système étant la volonté d’agir afin de préserver le groupe et ses croyances. Les résidents de Greenbelt voulaient apparaître tolérants, ouverts, modernes et tournés vers l’avenir. La philosophie de vie de Greenbelt est dévouée à la « démocratie en action », où chaque individu est encouragé à participer aux affaires locales. Ainsi, paradoxalement, dans une ville où l’on insiste sur l’importance de la « coopération », les opportunités de développement personnel sont nombreuses dès lors que chacun est poussé à contribuer à quelque chose, de quelque manière que ce soit. L’accès aux livres, aux bibliothèques, à l’éducation et aux Arts mérite autant de considération que les espaces verts et la nature, tout cela relevant d’un style de vie souhaitable. En plus de l’ouverture sur des opportunités uniques, les habitants de Greenbelt ont deux responsabilités : maintenir leur style de vie et convaincre les autres de son intérêt. Ils n’ont jamais éprouvé de difficultés à le faire, car ils sont profondément convaincus de ce qu’ils avancent lorsqu’ils « répandent les évangiles ». Chercher à convaincre les autres des avantages de la vie dans une communauté coopérative planifiée est un exemple du « devoir » du citoyen de Greenbelt, qui est de s’engager pour ce qui est moralement juste et d’agir en conséquence le cas échéant.

La philosophie de vie de Greenbelt fut à l’origine un concept créé de toutes pièces et transmis à un groupe d’étrangers sélectionnés pour former une nouvelle communauté. Elle tenait lieu de prédiction réalisée, donnant aux habitants un objectif et des standards d’idéaux et de comportements qu’ils s’évertuaient à atteindre. Ils avaient une idée de ce qu’ils souhaitaient être et travaillaient à le devenir. Les citoyens de Greenbelt se référaient à leur philosophie pour qu’elle guide leurs actions, sur lesquelles pouvaient alors se baser les actions des autres. La réputation de communauté active et libérale de Greenbelt incitait ceux qui partageaient ces inclinations à s’y rendre. Comme toute banlieue, elle a attiré des personnes semblables à celles qui y vivaient déjà. Grâce à ce flux de nouveaux résidents ayant les mêmes valeurs, les objectifs et idéaux d’origine sont pérennisés. La philosophie de vie de Greenbelt est centrée autour d’une vie d’action et d’engagement. Avoir des idéaux n’est qu’une première étape, la seconde, nécessaire et bien plus difficile, est de vivre en accord avec ces idéaux. C’est ce que s’efforcent de faire les habitants de Greenbelt, 68 ans après la fondation de leur ville.

 


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